Tourisme viticole en sud ouest : Dans les pas des pèlerins .
par Pierre Casamayor

Les vignobles du Sud Ouest vivent parfois à l'ombre du grand frère bordelais, leur diversité, leurs identités contrastées et leur dispersion dans le paysage pourraient cacher ce qui les unit : une véritable antériorité historique, car tous ces vignobles ont été développés le long des routes qu'empruntaient les pèlerins de Compostelle. Qu'ils aient initié leur route à Paris ou à Tours (la via turonensis) en passant par Bordeaux, Tursan et Béarn ; de Vezelay ( la via lemonvensis) en cheminant par Bergerac, Marmande et Buzet ; du Puy en Velay ( la via podiensis) en passant par Marcillac, Gaillac, Cahors, et l'Armagnac ; d'Arles ( la via tolosana) en traversant Fronton, la Gascogne, Madiran et Jurançon, les pèlerins marchaient dans un paysage viticole organisé autour des abbayes et hôpitaux monastiques. Les moines avaient alors le devoir d'hospitalité et devaient le pain et le vin à cette foule de voyageurs de la foi. Il fallait donc du vin en quantité, et donc développer des vignobles de proximité, appuyés sur cette tradition romaine qui a été la première propagandiste du vin en Gaule.

Le touriste oenophile moderne pourra donc suivre les pas des pèlerins du Moyen Age, en associant découvertes culturelles, puisque la route suit un chapelet d'églises romanes dont l'unité architecturale se poursuivra jusqu'en Espagne, et dégustations bachiques où chaque verre de vin est chargé d'histoire.

En Aveyron, un vignoble historique
Si la route compostellane qui part du Puy en Velay, au cœur du Massif Central, chemine longtemps sans voir un pied de vigne, elle aborde soudain un territoire viticole singulier, une sorte de cirque protégé des vents froids, avec un meso-climat propice aux bonnes maturités d'un cépage tout aussi original, le fer servadou, appelé ici mansoi. Beauté des paysages, typicité des vins, le vignoble de Marcillac est le témoin de ces vignes moyenâgeuses qui alimentaient la consommation locale et les celliers des monastères. Propriété des Evêques de Rodez, elles jouxtent l'abbaye de Conques, merveille d'architecture romane nichée au creux d'un vallon, avec son tympan qui conte l'enfer et le paradis, une des haltes les plus emblématiques des chemins de Compostelle. Un peu plus loin, d'autres vignobles rappellent ce passé, celui d'Estaing, avec son village fortifié et ses vignes accrochées à la pente, et celui d'Entraygues et du Fel et ses coteaux abrupts. Royaume des petites auberges accueillantes comme de la grande gastronomie, ces vignobles aveyronnais se prêtent à un tourisme au plus près du terroir et de l'histoire.

A Cahors, entre causses et vallées
Un vignoble de vallée, assis sur les terrasses du Lot, un vignoble de causse, le Cahors a deux visages, entre terres blanches et terres rouges. C'est le cépage malbec, ou cot, qui domine. Il apporte son fruit particulier et sa structure aux vins de Cahors, bien nommés " black wines " par les anglais du Moyen Age. Si le Pont Valentré, inscrit au patrimoine de l'UNESCO, rappelle qu'autrefois il fallait fortifier les points de passage, le visiteur ne manquera pas les ruelles et la cathédrale de Cahors avant de découvrir tous les villages typiques le long de la rivière Lot. Avec leurs maisons en pierres blanches, leurs demeures historiques et leurs châteaux, Albas, Luzech, Puy l'Evêque, Belaye, tous installés au milieu des vignes, permettront de découvrir un vignoble souvent spectaculaire, entre verdeur de vallée et aridité de causses calcaires. Sans oublier une escapade à Lalbenque et son marché aux truffes, histoire de découvrir l'alliance magique entre ce diamant noir et le vin noir de Cahors. Une option de charme pour serpenter à travers le vignoble ? La descente du Lot en gabarre, pour une croisière inoubliable.

A Gaillac, la Toscane française
Le vignoble de Gaillac, bi millénaire, se situe sur une des variantes des routes compostellanes classiques, celle qui relie Rocamadour à Toulouse. Dans un paysage où pointent cyprès et pins parasols, les coteaux chargés de vignes d'où pointe parfois un clocher de brique ont comme un petit air de Toscane. Le tourisme invite aux promenades entre Albi, son vaisseau-cathédrale de briques roses et son musée Toulouse-Lautrec, Cordes et son village médiéval perché sur son piton, Gaillac et son abbaye Saint Michel. C'est ici qu'au Moyen Age les moines " inventèrent " un des ancêtres du Champagne, le gaillac pétillant, dont on peut déguster le témoignage aujourd'hui. Le visiteur sillonnera les vignes, entre la rive droite du Tarn et ses coteaux et la rive gauche et ses terroirs graveleux, entre vins blancs et vins rouges, dans un paysage viticole aussi varié que les vins qui en sont issus. Une dégustation organisée à la maison des vins lui permettra d'en comprendre toutes les subtilités. Ce territoire est pilote dans le projet Tourisme et Terroir qui devrait fédérer toutes les actions oeno-viticoles du bassin du Sud Ouest.

Prés de Toulouse, le vin des Templiers
Autre grande basilique du pèlerinage, Saint Sernin est la plus grande église romane de la chrétienté. Elle atteste de la foule de fidèles de la via tolosana qui faisaient halte dans la ville rose, abrités à l'hôpital Saint Jacques. Ils devaient s'abreuver de vin de Fronton, ancien vignoble des Templiers qui rapportèrent un cépage oriental de leur séjour à Chypre, la négrette (mavro en grec), base des vins fringants et fruités, particulièrement bien adaptée à la production de rosés de gastronomie. Leur route se poursuivait au travers du Gers, en passant par Auch et sa cathédrale perchée sur le coteau. Le touriste pourra suivre leurs pas, en passant par Eauze et Condom où flottent des arômes d'Armagnac. Il ne manquera pas la fête de la flamme en automne, qui suit l'allumage des alambics de distillerie en distillerie, occasion de dégustations mémorables et d'agapes roboratives.

A Madiran, le royaume du tannat
C'est autour de l'abbaye cistercienne de Madiran que le vignoble a pris son essor. Face aux Pyrénées, sur des collines qui surplombent le val d'Adour, le cépage tannat marque de sa forte personnalité des vins rouges tanniques et virils, qui se souviennent du roi Henri IV et de d'Artagnan. Quelques châteaux ponctuent le paysage : Montus, Arricau Bordes, le souvenir des cadets de Gascogne et des mousquetaires flotte sur le vignoble. En contrepoint, le Pacherenc du Vic Bilh, vin blanc sec ou moelleux, rappelle que le Sud Ouest a été marqué par l'influence du négoce hollandais au 17ème siècle, qui réclamait ce type de vins. Non loin, le vignoble des Côtes de Saint Mont complète le tableau des vins de l'Adour.

A Jurançon, au pied des Pyrénées
C'est le vin du baptême des Rois de France depuis celui d'Henri IV, " lou nouste Henric " comme aiment à dire les béarnais, il se décline en sec ou en moelleux, avec les cépages gros et petit mansengs, installés sur les collines pré-pyrénéennes, la chaîne enneigée en toile de fond. Un vignoble en pentes fortes dans un paysage sublime, avec pour centre névralgique la nouvelle maison des vins installée dans un ancien hospice de pèlerins à Lacommande. De cette remarquable bâtisse part une route des vins qui égrène son chapelet de vignerons plus passionnés les uns que les autres, un pèlerinage dégustatoire à ne pas manquer, histoire de prendre des forces avant d'attaquer les cols montagnards. Le mariage entre foie gras et jurançon moelleux laissera des souvenirs ineffaçables !

Irouléguy, le vignoble compostellan
Ce sont les moines de l'abbaye de Roncevaux, de l'autre coté du col frontière qui vit la bataille où périt Roland le légendaire, qui initièrent le vignoble basque. Cette abbaye était la plus importante du pèlerinage, il lui fallait un approvisionnement vinicole conséquent et donc un vignoble à portée de charroi. Les vignes sont ici accrochées à la pente sur des sols rouges, avec des cépages comme le tannat et le cabernet franc pour des vins de caractère : ne sommes nous pas dans ce pays basque qui n'en manque pas ? Saint-Jean-Pied-de-Port est la dernière halte du pèlerinage en France, les pèlerins s'y réconfortaient avant la rude épreuve du franchissement des cols. La multitude de villages préservés, Sare, Aïnoa, Saint Etienne de Baigorry, avec leur maisons blanches entretenues avec amour, l'environnement agreste qui semble ne pas avoir bougé depuis la nuit des temps, la viticulture héroïque que pratiquent ces vignerons de passion, concluent notre pèlerinage sur une note des plus authentiques. Une note complétée par une gastronomie basque au caractère accentué.

Les adresses pratiques
Comité du tourisme de l'Aveyron - tel : 05.65.75.55.75
Maison du Tourisme du Lot - tel : 05.65.53. 20.90
Comité du tourisme Bearn-pays basque - tel : 05.59.46.52.52
Office du tourisme de Gaillac - tel : 05.63.57.14.65
Office du Tourisme de Pau - tel 05.59.27.27.08
Comité régional du Tourisme Midi Pyrénées - tel : 05.61.13.55.55
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