
Mâconnais : 100 % Bourgogne !
par Claire Brosse
Longtemps considéré comme un vague cousin de la Côte d'Or, le Mâconnais a entamé une révolution tranquille. Négoce, coopération ou viticulture : les trois familles ont leurs " meneurs ". Grâce à eux, la région affiche ses ambitions : authenticité, qualité, image.
Aujourd'hui, les accents sudistes du Mâconnais s'accordent bel et bien avec ceux du reste de la Bourgogne. Il faut dire que les atouts ne manquent pas pour cette partie méridionale de la Bourgogne : de Tournus jusqu'aux portes de Lyon, soit 40 kilomètres de long sur la rive gauche de la Saône, 6000 hectares de vignes habillent les coteaux, parfois en pentes sévères ; une orientation du nord-est au sud-ouest ; une altitude qui peut monter jusqu'à 400 mètres ; un climat moins rude que dans le nord de la Bourgogne ; une grande variété de sols et de " climats ". Ça n'est pas peu dire que le Mâconnais représente aujourd'hui un eldorado pour les amateurs de blancs et que l'engouement actuel pour ce type de vins joue aussi en sa faveur. Mais les aspects géologiques et climatiques, ajoutés aux demandes du marché, ne sont rien sans des forces structurelles et humaines. De ce côté-là, le Mâconnais surmonte peu à peu ses handicaps. Dans un souci de lisibilité, la hiérarchisation des appellations a été simplifiée (l'AOC Mâcon Supérieur a été supprimée, les Mâcon-Village sont passés de plus de 40 à 20 seulement). Dans les trois familles de metteurs en marché, des noyaux durs se sont constitués avec une vraie prise de conscience de l'importance de la qualité des vins. Chez les vignerons, à l'instar d'autres régions, une nouvelle génération a vu le jour. Elle exerce un véritable leadership, avec pour mots d'ordre : dynamisme et viticulture soignée. De leur côté, le négoce et la coopération ont augmenté considérablement leur niveau d'exigence vis-à-vis de leurs fournisseurs de raisins, leurs cahiers des charges sont aussi précis que rigoureux. Et, même si tout n'est pas rose encore dans le Mâconnais, la force de frappe de ces " capitaines " donne déjà de beaux résultats.
Ils sont 16 et ils ont créé leur association en janvier 2004. La plupart d'entre eux sont fils et petits-fils de vignerons. Tous se connaissent. Leur premier engagement commun fut leur adhésion à une association créée en Côte d'Or en 1995 et étendue au Mâconnais en 2000. Déjà, ils avaient " le souci de l'importance du sol dans la production d'un vin de terroir et de qualité " . Leur groupe repose sur cette fondation : la connaissance et la culture des sols sont les voies obligées pour produire des vins exprimant au mieux la capacité de leurs terroirs. Bien sûr, si tous travaillent dans le même sens, chaque appellation (Mâcon-Villages, Mâcon La Roche Vineuse, Saint-Véran, Pouilly-Fuissé etc) garde ses spécificités et chaque vigneron reste souverain dans ses choix de vinifications et d'élevage. Tous possèdent leur style propre. Même si tout n'est pas gagné d'avance, le choix d'un travail artisanal semble payer. Pour eux, il n'a jamais été question d'être compétitifs sur des marchés de gros volumes. Car, quand on est petit et qu'on a le souci du travail bien fait, les coûts de production augmentent et la question de la compétitivité sur ces marchés-là est vite réglée ! Ils ont donc mis tous leurs efforts sur des cuvées à forte typicité, travaillées selon les grands principes qui ont fait, autrefois, la réputation des vins de Bourgogne: labour des vignes, petits rendements, vendanges manuelles, tri des raisins, vinifications et élevages en fûts particulièrement soignés (pratiques peu usuelles dans cette partie de la Bourgogne). Après avoir goûté les vins des artisans-vignerons, on peut dire que la plupart se sont imposés une " réglementation " comparable à la Côte d'Or.
Les artisans-vignerons ont fait le choix de laisser aux grosses structures le soin d'occuper le marché des vins issus d'un chardonnay plus standardisé et plus proche d'une certaine catégorie de vins du Nouveau Monde : un marché prisé par une clientèle en quête de produits bien faits mais faciles, d'un bon rapport qualité-prix et où l'AOC n'est pas fondamentale. Ils occupent un marché de niches où l'acheteur est sensible à des vins plus typés. Mais la notoriété des appellations du Mâconnais étant moins forte que celles de la Côte d'Or, les prix restent sages et ces très bons vins offrent d'excellents rapports qualité-prix.
Prissé, Sologny, Verzé : 3 villages en plein cœur du Mâconnais, 3 caves coopératives. En 1997, les trois décident de n'en former plus qu'une. Au final : 500 viticulteurs pour 1000 hectares en production. Les trois sites ont gardé chacun leur entité mais en mettant en commun leurs atouts respectifs et leurs compétences avec pour seule profession de foi : efficacité, rigueur, modernité et pérennité.
Cette association fut d'autant plus facile que la crise était là. Quand, de surcroît, on se trouve avec une appellation à faible notoriété (au regard des grandes AOC de la Côte d'Or), la philosophie est simple : " Marche ou crève ! ". Alors, ils ont choisi de marcher avec dynamisme et édicté leur première règle : " Le minimum requis pour accéder aux marchés, c'est de faire des vins de qualité ". Tous les coopérateurs ont donc signé une " charte-qualité " qui les engage à respecter des conditions très strictes de production et de protection de l'environnement. Un " Monsieur Qualité " a été nommé à plein temps pour encadrer et conseiller chaque adhérent. Leur deuxième règle pour être dans la course à la réussite ? : " Savoir-faire sans faire savoir ne sert à rien. " Aussi, plutôt que de rester dans son coin, la cave de Prissé Sologny Verzé s'est associée sous forme d'un GIE avec les caves de La Chablisienne, de Bailly et de Buxy. De ce regroupement, elle tire une force de vente considérable, notamment à l'export (50 % des ventes) où toutes les caves se sont réunies sous une seule marque " Blason de Bourgogne ". Aujourd'hui, Blason de Bourgogne figure parmi les 10 marques les plus vendues en Grande-Bretagne, marché emblématique par excellence. Dans ce pays, le circuit est majoritairement la grande distribution. Xavier Migeot, le directeur commercial de la cave de Prissé Sologny Verzé apprécie cette approche produit des Anglais de la GD, très motivante et positive : " Avec Blason de Bourgogne, nous avons réussi à construire une gamme restreinte et simplifiée, faite par les Anglais et pour les Anglais. Les acheteurs viennent nous voir plusieurs fois par an, ce sont eux qui font leurs assemblages pour que les vins collent au mieux avec ce que veulent les consommateurs. Ensuite, nous assurons la régularité. " Troisième règle enfin pour pérenniser le travail accompli en amont et en aval de la production : un marketing convaincant et offensif. Si la marque " Blason de Bourgogne " a est un atout commercial indéniable, il reste à maîtriser la complexité des AOC, difficile à comprendre pour le consommateur du bout du monde, dont le premier niveau de compréhension reste d'abord le cépage. La cave de Prissé Sologny Verzé innove donc tout en continuant à chercher : " Aujourd'hui, nous sommes engagés dans une réflexion avancée sur notre marque propre "Cave de Prissé Sologny Verzé". Il faut que nous trouvions quelque chose de plus communicant : 3 noms de communes, c'est une lecture compliquée pour le consommateur, y compris en France. " Voilà côté visibilité. Côté produits, des gammes ont été créées (" Terres Secrètes " pour le réseau caviste), ou encore des produits ciblés comme " Virevolte ", un effervescent rosé demi-sec, 100 % gamay, et qui titre seulement 7° d'alcool, en 75 cl ou en 25cl. Le produit, au packaging graphique et coloré, cible volontairement les jeunes consommateurs " branchés ". La cave a confié à une agence spécialisée en marketing international du vin le soin de réfléchir à cet axe majeur.
À travers ce survol du Mâconnais, on voit bien qu'il est révolu ce temps où les caves coopératives et les viticulteurs étaient de simples fournisseurs de raisins ou de vins en vrac sans scrupules, qui alimentaient un négoce pas toujours regardant sur la qualité. Tout comme il est bien fini le temps où l'on achetait du vin sans confession, sur la bonne tête du vigneron. Bien sûr, tout n'est pas réglé mais ce qui compte, ce sont ces forces vives qui montrent l'exemple au sein des trois familles : négoce, coopération et vignerons indépendants. Ces leaders ont compris qu'assurer le présent et l'avenir, c'est choisir une politique de rigueur technique et de réalisme commercial : une piquette sous une belle étiquette n'a pas plus de chance qu'un bon vin sous un emballage ringard. La voie semble tracée et pas comme un simple chemin de traverse…
Pouilly-Fuissé : une appellation au top
Le climat et les sols : c'est là que tout commence dans une histoire de vin. Pour le climat, le Mâconnais a cet accent du " Sud " qui permet aux raisins d'arriver à bonne maturité. Pour les sols, l'aire d'appellation Pouilly-Fuissé a tout ce qu'il faut pour produire de grands vins : dans un environnement naturel classé " Grand Site de France ", on trouve des sols argilo-calcaires, des marnes argileuses et des sols pierreux. Autrement dit : minéralité, caractère et opulence. Pour valoriser toutes ces qualités intrinsèques à la région, un autre cercle de qualité, humain celui-ci : une élite parmi les producteurs, qui maîtrise parfaitement viticulture, vinification et élevage. Frédéric-Marc Burrier en fait partie. Président du syndicat de l'appellation depuis 2003, il note avec fierté que " l'AOC Pouilly Fuissé est la seule AOC extérieure à la Côte d'Or à être présente lors de la Vente des Hospices de Beaune. Et, comme c'est elle qui donne le la en matière de prix et de notoriété, l'impact pour la " petite sudiste " est bien réel. " En Bourgogne, si le nom de l'AOC est important, la notoriété du domaine l'est tout autant et l'élite l'a bien compris. Cette notoriété, elle l'a construite par un travail soigné à tous les niveaux, y compris en aval de la production. Les domaines ont su établir des gammes de vins larges, qui vont du ciselé " sur mesure " au produit simple mais bon. Pouilly Fuissé bénéficie aussi d'un négoce de qualité, qu'il soit historique comme Louis Jadot ou Louis Latour, ou local comme Joseph Burrier ou JJ Vincent. Ces maisons oeuvrent largement au bon positionnement des vins à l'export, marché devenu prioritaire aujourd'hui. L'ambition affichée de ce groupe d'élite tire forcément l'appellation vers le haut et aussi le Mâconnais dans son ensemble. La mécanique humaine est enclenchée pour cette AOC leader incontestable du Mâconnais. Le reste est une question de temps…